Chapitre 1 : Néoménie, éclat et renaissance

Je me retournai une dernière fois pour regarder ma famille et leur faire au revoir de la main. Ma mère pleurait à chaudes larmes contre mon père qui, malgré une très forte émotion j’en étais sûre, restait stoïque. Mon frère Archibald et ma sœur Joséphine, étaient côte à côte, devant mes parents. Archibald pleurait et s’accrochait à la jupe de ma mère tandis que sa jumelle me regardait fixement. Ses yeux étaient humides mais elle semblait lutter pour qu’aucune larme ne franchisse la barrière naturelle de ses longs cils roux. Je sentais qu’elle m’en voulait, qu’elle souhaitait me transmettre sa colère face à ce qu’elle devait considérer comme une trahison. L’annonce de mon départ du cocon familial les avait profondément choqués. Du haut de leurs huit ans, il aurait été stupide de ma part d’exiger d’eux qu’ils comprennent ma décision.

Cela n’a pas été facile. J’ai été scolarisée toute ma vie à la maison, mes parents prenant le relai concernant mon éducation. Je n’ai jamais été seule ; ma famille étant très large et mes parents très sociables, nous avions toujours du monde à la maison. Mais je sentais qu’il me manquait quelque chose. Dans ce trop-plein de monde, je me sentais prisonnière, enfermée dans un microcosme certes aimant mais terriblement redondant. Je me suis souvent sentie coupable de vouloir plus alors que mes parents avaient tant sacrifié pour moi… mais je ne pouvais plus continuer à vivre ainsi.

J’avais fréquemment demandé à mes parents d’aller à l’école comme les autres enfants de mon âge, ce à quoi on me répondait qu’il valait mieux pour moi que je reste à la maison. En tant que fille d’un père fée et une mère sorcière, mes parents étaient terrifiés à l’idée que je sois exclue par les autres enfants. Le métissage dont j’étais issue avait généré quelques caractéristiques assez peu conventionnelles ; comme mon père, je possédais des ailes de fées. Cependant, à l’image de la couleur de la magie de ma mère, une sorcière néoménique, celles-ci étaient d’un bleu nuit profond et irisé tendant parfois sur le violet, tacheté de petits reflets argentés qui leur donnait un aspect éthéré. Une fée peut cacher ses ailes mais elle ne peut camoufler son aura dont la teinte résulte de ces dernières. Les miennes étant particulièrement foncées, j’ai toujours été accompagnée d’une sorte de nuage sombre qui, même s’il contrastait énormément avec ma personnalité plutôt enjouée, me donnait inévitablement une allure lugubre.

Les auras de fées sont généralement composées de couleurs vives et lumineuses, ce qui est censé leur donner un éclat reconnaissable. L’aspect sinistre de la mienne fut, au premier abord, déroutant pour mes semblables. Après avoir vu la réaction initiale des enfants de leurs proches au moment de notre rencontre lorsque nous étions plus jeunes, mes parents commencèrent à craindre que je subisse un rejet similaire à l’école. Mais après de nombreuses demandes insistantes de ma part, j’ai enfin réussi à les convaincre de me laisser partir de la maison pour étudier à l’Académie des Sciences Occultes Caelestis.

Ce soir-là, je les quittais pour un semestre entier. J’étais à la fois impatiente et angoissée mais je ne voulais rien laisser paraître. Léandre, le fils d’un couple d’amis de mes parents m’attendait à côté de son koidion, sa créature magique qu’il avait eue lors de son entrée à l’Académie. J’allais découvrir la mienne en arrivant ; si mes parents n’avaient pas accepté que je quitte la maison, j’aurais dû attendre ma majorité pour passer une certification à la suite de ma scolarisation à la maison. Kit, ressemblait à un ourson et arborait un pelage bleu clair aux reflets dorés quasiment identique au motifs des ailes de Léandre. Mon koidion aussi devait me ressembler, j’avais hâte de le rencontrer. De la bouche grande ouverte de Kit se matérialisait un portail éphémère qui était censé nous conduire aux dortoirs de l’Académie. Léandre et moi, nous nous connaissions depuis toujours mais contrairement à moi, il a toujours été élève à Caelestis. Sa présence me rassurait, je savais que je ne serais pas seule.

« Tu es prête, Scarlett ? » me demanda Léandre en me tendant la main.

Je la lui pris, prête à enfin vivre cette renaissance tant attendue et nous franchîmes le portail qui se referma derrière nous.

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Chapitre 2 : Heaume, Chèvrefeuille, Tapisserie